เวลาขัดสน (jours de pluie) 

Le nord de la Thaïlande, c’est un peu comme le nord du Laos : en août, il y pleut tous les jours. Rien que de très normal pour la saison des pluies, me direz-vous. Cela ne dure pas forcément très longtemps et ce sont parfois des gouttes éparses, mais parfois, ça tombe très dru. Il vaut mieux alors avoir un bon vêtement de pluie, bien étanche, ou une de ces fines feuilles de plastique genre k-way du pauvre que l’on peut acheter partout ici. Exactement comme nous l’avons fait hier en arrivant à la Baan Dam, la Maison Noire dont je vous ai déjà parlé. Inutile de dire qu’avec nos impers un peu couleur layette, nous avons bien fait rire les inévitables Coréens. Mais nous, au moins, nous étions sec. 

Comme notre première visite nous avait laissé sur notre faim, nous avions décidé, sitôt descendus des montagnes, de revenir visiter Baan Dam et nous avons bien fait. Thawan Duchanee, l’artiste qui l’a créé, ressemble un peu à Ai Wei Wei. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il maîtrise à la perfection les codes de l’art contemporain, de l’architecture du Lanna, de la culture thaïe et de la subversion. Toute sa mise en scène est un habile détournement qui ne dit qu’une seule chose : Memento mori.

Mais Chiang Raï ne vaut pas que pour la Maison Noire ou le Temple blanc. C’est un endroit comme beaucoup en Thaïlande où cela vaut le coup de rester un petite journée.

Nichée au bord de la Nam Kok, elle n’a certes pas les charmes de sa grande voisine, Chiang Maï. C’est une ville de province un peu assoupie, étape obligée en allant vers le Triangle d’or à la découverte des forêts humides et des tribus de montagne. On y trouve quand même son compte. Il y a quelques jolis temples, dont le Wat Phra Keow où, s’il on en croit la légende, le célèbre Bouddha d’émeraude baladeur fut découvert un soir d’orage. Bon, je le concède, il n’est pas en émeraude mais en jade. Et dans l’histoire racontée dans son temple, il n’est jamais passé, au cours des ses multiples villégiatures, par Vientiane, où il quand même resté plusieurs décennies avant d’être rendu au Siam après une guerre qui ruina la capitale laotienne et ouvrit grand la porte aux  gentils Français… L’histoire, finalement, n’est jamais qu’une falsification de la vérité pour ne dire que ce qui nous arrange… 

Mais en fait, le Wat Phra Keow version Chiang Raï (le vrai est à Bangkok) est moins joli que son voisin, le Wat Singh. Celui-là est carrément mignon avec ses fresques pastel, ses sculptures délicates et ses Bouddha dorés. Rien à voir non plus avec le côté magic cup-cake que les habitants de Chiang Raï semblent affectionner pour un bon nombre de wat. Bleu vif, rouge pétard et petits morceaux de miroirs leur donnent un côté chromo totalement incongru ! Le même, au demeurant, que devaient avoir nos églises au Moyen âge.

L’avantage des jours de pluie, c’est aussi que l’on va voir des choses que l’on aurait laissé de  côté sinon. Le Hilltribe Museum par exemple. Trois pièces qui parlent des Akha, Hmong, Lasu et autres Yao pour en faire la promotion, nous racontant la culture du pavot, nous exhortant à être responsables, à ne pas tomber dans le piège des villages karen, ces zoos humains exhibant les tristement célèbres long-necks, les femmes girafes. Intention louable, soutenue par Cabbage & Condoms, une chaîne de restaurants militant pour le safe sex.  Honnêtement, je crois qu’il n’y a qu’ici qu’on peut voir ça !

Le seul défaut de notre court séjour ici, c’est que nous sommes carrément loin du centre. Au bord de la rivière certes, mais loin de la ville. Ce qui est aussi un avantage : il n’y a guère de restaurants dans le coin. Et sans choix, on va dans le premier ouvert, ce qui est parfois une bonne surprise. J’ai mangé ce soir un des meilleurs sweet and sour de ma vie, avec un parfum de citronnelle inimaginable ! Jean-Pierre et moi étions les seuls clients. C’était juste cool.

Au passage, c’est quand même marrant que la ville de Raï – chiang veut plus ou moins dire ville – se trouve au bord de la Kok, à deux pas du Triangle d’or, fief du trafic de drogue en Asie du Sud-Est…  

Raï. Kok. 

Lacan, sans doute, aurait aimé. Et Freud bien plus encore. 

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