Passe ton BACC d’abord ! 

Pendant que Jean-Pierre noue quelques liens de coopération  « good for the future  » avec Jude Law aux cabinets, je suis allé faire un petit tour dans les deux autres galeries dont j’ai parlé hier. Par grand chose d’ébourriffant à Ratchadamnoen. Du conceptuel un peu facile, sympa mais pas trop ma tasse de chaï…

Au Bacc en revanche, plein de bon truc ! Une jolie expo de sculpture dans l’antenne du centre de la sculpture de Bangkok, sur le thème des femmes, avec des choses vraiment belles et émouvantes. L’étonnante expo  « haïku-tarot » de Chumpol Akkapantanon aquarelliste super doué nous invitant à s’inspirer de ses œuvres pour écrire des haïkus qui seront peut-être ensuite associés à ses peintures, et surtout une expo qui aurait plu à Suzy, celle de la Setsatian School for the Deaf. En fait, faute d’explication en anglais et comprenant encore moins la langue des signes en thai que le thai parlé, j’ai déduit qu’il s’agissait des travaux de fin d’année de la section arts. Et franchement, j’espère que leurs auteurs poursuivront leur chemin dans cette voie car leur travail est très prometteur ! 

Tout ça pour dire qu’à Bangkok, il n’y a pas que des temples. À condition de sortir des routes tracées par les guides, on peut vraiment trouver son bonheur. Comme dans toutes les villes modernes, en fait. 

Ps : puisque M. Chumpol nous invitait à composer un haïku, voici le mien. 

Suivez-moi sur le chemin.
Sous les grands bambous, 
nous aurons moins chaud.

Ps 2 : à la réflexion, je ne crois pas que Jean-Pierre a rencontré Jude Law. Encore moins dans ses cabinets. Quelque chose, ce matin, a dû m’échapper… 

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Un Moca, sinon rien ! 

Pour les amateurs d’art contemporain, Krung Thep réserve quelques bonnes surprises. Il y a par exemple le BACC, le Bangkok Art & Culture Center, en face du MBK, à Siam, ou encore à un jet de bière de Khao San, le Ratchadamnoen Contemporary Art Centre, qui expose de jeunes artistes Thaïs et renouvelle très régulièrement les expos. 

Mais il y a aussi, au nord de Chatuchak, le MOCA. Un grand bâtiment élégant, tout blanc, qui recèle de vrais trésors. Nous y sommes allés aujourd’hui avec Vivat, Noon et Mignaloux, leur fils de quatre ans, un adorable petit coquin qui parle déjà français… Certes, tout n’est pas fabuleux, en particulier certaines œuvres très (trop) pompier ou religieuses pour moi, mais bon nombre de tableaux sont vraiment d’une grande beauté quand bien même l’influence surréaliste se fait encore trop sentir, Dali en particulier… 

Et surtout, un étage entier est réservé à Thawan Duchanee, l’auteur de l’extraordinaire Baan Dam de Chiang Raï. Et là, on se rend compte qu’il est sans doute le plus libre et le plus créatif de tous ! Le seul, à mon avis, à avoir réellement forgé son style, à s’être dégagé de la tutelle un peu trop rigide de la création académique. Évidemment, la jeune génération est plutôt dans son sillage, beaucoup plus insolente et libre que ses aînés.

Le seul défaut du MOCA, c’est qu’il est très loin du centre. Et donc peu connu. C’est bien dommage, mais d’ici quelques mois une nouvelle ligne de skytrain s’arrêtera presque devant. Il n’y aura plus d’excuses du coup pour ne pas y aller. 

Retour à Krung Thep ! 

Après notre pause à la plage, et tout ce calme parfaitement épuisant, nous voici revenus dans la fureur rassurante de Bangkok. Ah, quel bonheur de retrouver la pollution, les embouteillages, et de revenir, bien dociles, dans le bon troupeau des farangs !

Franchement, la perdition nous guettait. 

Un petit tour à MBK, cette cathédrale de la consommation (Jean-Pierre se désespérait d’un khao nyao dulian et je n’avais plus de tee-shirt), et nous voici sauvés ! Amen… 

Amulettes, tatouages et autres fariboles 

Au pays de l’éternel sourire, les gens sont très superstitieux. Les Thaïs, par exemple, préfèrent habiter une maison neuve car elle est exempte de fantômes susceptibles de venir vous tirer les orteils pendant votre sommeil sinon pire. À condition, bien entendu, de nourrir les Phi dont je vous ai déjà parlé, tous les matins, afin qu’ils restent bien chez eux dans leur petite maison et ne préfèrent pas prendre leurs quartiers dans la vôtre en y semant la pagaille. Et je ne parle pas de tableau de bord des voitures, couverts de divers bouddhas et autres effigies apotropaïques dont certaines ne sont pas sans rappeler des boules à neige. 

Et pour trouver tout le nécessaire du parfait Thaïlandais au clair avec les forces occultes, le meilleur moyen est encore de se rendre au marché des amulettes, à mi-chemin entre l’université de Thamasat et le palais royal. Dans le clair-obscur de ses allées, nul doute que vous trouverez votre bonheur : les médailles porte-bonheur, petits bouddhas plus ou moins précieux, dorés ou en vulgaire terre cuite, représentations de bonzes réputés, d’animaux mythologiques ou de phallus de toutes tailles s’y exposent par milliers. L’ambiance y est sérieuse. On ne plaisante pas aves ces choses-là ! Très sérieuse même lorsqu’il s’agit de négocier une amulette apparemment banale mais qui, du fait de son pouvoir et surtout de sa rareté, peut valoir des dizaines de milliers de baths. Un vrai marché, avec ses collectionneurs acharnés, ses revues spécialisées et ses escrocs. 

Et comme cela ne suffit pas, il y a les tatouages, les célèbres sak yant, qu’il convient de se faire inscrire dans la peau dans un temple, par un moine maniant le stylet de bambou en récitant les mantras ad hoc. Comme quoi on peut être à la fois superstitieux et masochiste. Parce que même si les sak yant, par leur stylisation, sont très beaux, ils sont aussi très douloureux. Mais bon, obtenir que les balles vous contournent, ça se mérite ! 

Pour être honnête, vous pouvez parfaitement vous faire tatouer un très beau tigre dans le plus pur style sak yant chez votre tatoueur préféré. Comme d’une part,  celui-ci ne récitera pas les formules magiques et que d’autre part, il altérera le tatouage, ce dernier ne vous protégera pas de grand chose. Voire attirera quelques vilaines maladies si vous le faites faire sur un coup de tête chez un tatoueur de rue de Khao San après quelques bières. Very bad trip ! 

Il faut donc bien choisir celui qui va vous injecter l’encre sous l’épiderme. Pour notre part, c’est Viroon, un studio très sérieux et primé de nombreuses fois. Car oui, je suis un peu maso : j’ai remis ça. La branche d’un arbre tropical fleurit désormais sur mon épaule droite, prenant naissance autour d’une petite figure mains jointes, assimilée à un ange dans le folklore local. Maso, mais pas superstitieux : c’est juste que j’ai toujours trouvé ce personnage très  joli… 

Tout ça pour dire qu’il ne faut surtout pas hésiter à rendre une petite visite au marché des amulettes, comme nous l’avons fait hier. C’est toute une ambiance et en cas de petite fringale, on mange très bien dans les petits restaurants populaires qui surplombent le Chao Phraya.

Et comme quoi amulettes, tatouages et autres colifichets ne protègent pas de tout, nous avons fini devant les juges.

Ou plus exactement avec les juges, dans un très chouette restaurant de Nonthanburi, qui nous a rappelé une belle soirée avec Philippe et Isabelle. Mais cette fois, Jean-Pierre est resté très sage… 

P. S.  : Philippe et Isabelle, nous allons beaucoup penser à vous aujourd’hui puisque nous partons à Kanchanaburi avec Noon et Vivat. Encore une super journée en perspective, sûrement aussi sympa que la virée à Ampawa ! 

Éloge de la lenteur

​En quittant Bangkok, le train commence d’abord par se tortiller dans les faubourgs de la ville. Puis, grinçant et cahotant, il atteint péniblement sa vitesse de croisière, une bonne soixantaine de kilomètres par heure. Petit à petit, le béton se fait plus rare. Au-delà d’Ayutthaya, ce n’est plus qu’une vaste plaine un peu désolée, un glacis de rizières qui reflètent le ciel selon qu’elles sont à peine en eau ou accueillent déjà les pousses vert jade du riz. Les cultivateurs s’activent, labourent l’eau pour retourner la boue. Hérons et aigrettes se déhanchent autour d’eux pour profiter de la manne aquatique. 

Passé Lopburi, quelques petits massifs calcaires redonnent un peu de verticalité à cette platitude. Des arbres, aussi. Palmiers à sucre droits comme des i, flamboyants éclatants en gerbes vermillon. Manguiers sans doute… Bientôt des vraies collines dont quelques unes sont couronnées de temples, exhibant d’immenses statues de Bouddha scintillant sous le soleil. Les rizières s’amenuisent, elles laissent la place à la canne à sucre qui ondule paresseusement au passage du train. Plus nombreux, les arbres forment parfois de véritables bosquets, voire des lambeaux de jungle autour des rivières en crue, couleur de latérite, comme si la terre saignait. 

Beaucoup plus loin, quelque part entre Phitsanulok et Uttaradit, sous un ciel qui se plombe et grisaille, les montagnes enjolivent l’horizon. Tout verdoie, et la gamme de vert est si étendue que j’ai la sensation que mes yeux eux-mêmes sont saturés ! Parfois, quelques lotus dans un étang viennent ponctuer le tout d’un peu de rose ou de blanc. 

Et puis, alors que notre train attaque poussivement les premières pentes, tout ce vert civilisé se rebelle et explose. Forêt pluviale, jungle de bambous, lianes volubiles… Rien ne me surprendrait moins que d’apercevoir un éléphant nous regarder passer. Voire un tigre, furtif, tournant finalement le dos à notre autorail. Les tigres n’aiment pas beaucoup la nourriture en boite. 

Quelques heures plus tard, la nuit nous rattrape presque à l’endroit où l’aube, il y a deux ans, nous avait dévoilé la beauté sauvage des montagnes entre Lampang et Lamphu. Le train amorce sa descente vers Chiang Maï. 

Finalement, l’absence de place dans le train de nuit, pour cause de fête des mères, est une petite bénédiction. Cela nous permet de découvrir des paysages que je n’avais jamais vu, de monter vers Chiang Maï d’une manière plus progressive qu’en train couchette. Bien sûr, le voyage est long et les wagons coréens ne sont pas de première jeunesse. J’ai un peu le sentiment d’avoir chevauché toute la journée tellement mes fesses sont tannées ! C’est peut-être pour ça qu’on dit cheval de fer d’ailleurs… Par contre, il y a beaucoup d’Occidentaux comme nous, ce qui ne favorise pas forcément le rapprochement avec les quelques voyageurs Thaïs. C’est un peu dommage, mais on se rattrapera plus tard, dans le Triangle d’or…

Where is Poulpi ?

Bangkok, extérieur jour

Nous voici arrivés dans la grande ville. Un vol sans histoire, juste de bonnes turbulences au moment des repas. Rien que de très normal, en somme… Je commence à vraiment croire qu’il y a une malédiction des plateaux-repas ! Ah si, une pollution sonore incroyable, pendant 11 heures, d’un quasi nourrisson qui nous a fait regretter de ne pouvoir ouvrir les portes pour jeter dehors l’avorton et se parents…

Passons.

Comme toujours, cela nous fait drôle d’être de retour. Car, ce n’est pas la première fois que je le dis, c’est vraiment  un retour puisque nous avons nos marques, des lieux, des odeurs, des sons, des gens aussi, qui nous replongent immédiatement dans une sorte de routine, qui nous ré-enracinent comme après une transplantation.

Et rien que ça, c’est drôlement agréable.