Chiang Mai encore

Chiang Mai, la ville du nord, la grande ville du nord de la Thaïlande, entourée de montagnes boisées aux forêts épaisses, parsemée de temples, les uns modestes, les autres richement décorés, du flamboyant au rococo tendance meringue, avec toutes les nuances possibles.

Chiang Mai, ville prisée des touristes où poules, dindes, coqs et paons de toutes nationalités se croisent et se mêlent, au sens figuré et souvent au sens propre, ce qui nest pas sans rappeler un t-shirt aperçu hier soir dans le night bazar: « durex, connecting people »… Chiang Mai, ville de plus en plus visitée par les chinois, les coréens et les japonais, plutôt plus âgés que les animaux de basse-cour précités.

Chiang Mai, la ville des moines, les uns sérieux, qu’on voit rarement, occupés à lire, prier, méditer, enseigner, les autres un peu moins respectueux des 227 règles que tout moine ordonné et ayant prononcé ses voeux définitifs se doit de respecter. Cela dit, ces moines définitivement ordonnés appartiennent généralement à la première catégorie. Les autres ont environ une centaines de règles à respecter, mais force est de constater que parfois la discipline se relâche. La chair est faible et cela doit nous conduire à la compassion. À propos de moines, il n’est pas rare de croiser quelque moinillon, à peine adolescent et cachant mal son attrait pour telle moto, tel vêtement ou babiole de la société de consommation. On les comprend ces moinillons. Et pourquoi feraient-ils exception ces jeunes, novices ou simplement en stage temporaire pour gagner quelques mérites à leur famille  ?

Chiang Mai, la ville des artisans qui perpétuent leur savoir-faire de génération en génération et s’en enorguillissent, à juste titre dailleurs. Staffeurs, sculpteurs, soyeux, bijoutiers, fabricants d’effigies, argentiers, doreurs ne sont que quelques unes de ces professions artisanales traditionnelles. Mais Chiang Mai, ce sont aussi les fabricants de produits cosmétiques entièrement naturels, les négociants de thé et de café, les artistes, les restaurateurs. Bref une ville vivante, animée, créative, perpétuellement en mouvement. Une ville aimable. C’est aussi la ville où on peut se faire construire une maison pour 15.000 euros (si, si j’ai bien dit 15.000 !) par un salaa (artisan local qui cumule les fonctions d’architecte,  de maçon et de menuisier). Ça donne des idées.

Pour tout dire, Chiang Mai, une ville que nous aimons et où nous retournerons, une ville que notre ami Bhumindr nous a permis de mieux connaître en nous en révélant quelques coins échappant généralement aux touristes, une ville que nous aimerions faire découvrir à nos amis.

A bon entendeur, salut !

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Encore une église ?! 

L’église de Chiang Maï, sur la rive de la Nam Ping, en face de la Galare Guest House

15 août. Le jour idéal pour vous parler d’un truc qui nous a un peu turlupinés Jean-Pierre et moi : le nombre proprement incroyable d’églises dans les deux provinces du nord où nous avons séjourné ces derniers temps. 

Car il y en a vraiment beaucoup, de la First Church de Chiang Raï (mais nous n’avons jamais trouvé la deuxième) à celles des villages perdus dans la montagne en passant – ça tombe bien ou presque – par celle de la Nativité de la Vierge. Du coup, on s’est demandé pourquoi.

Une prédisposition génétique qui aurait échappée à Nature ? Des missionnaires offrant de grosses sucettes aux petits enfants sur l’air de Mickey Maousse de Gainsbourg (sur les berges de la Kok, et même sans ravin, ne serait-ce pas naturel, Lubin ?). Une population touchée par une grâce massive après avoir abusé de substances psychotropes du fait d’hosties malencontreusement fabriquées avec du blé contaminé à l’ergot de seigle ? 

Une explication plus plausible nous a peut-être été livrée au Hilltribes Museum : certains peuples des montagnes étaient déjà naturellement monothéistes. Un esprit primordial créant le monde, que l’on remercie à chaque repas pour la nourriture qu’il vous octroie, ça ne vous rappelle rien ? Ben ouais. 

Du coup, le christianisme, en particulier évangélique, était en terrain conquis. 

Reste à savoir pourquoi dans la région des temples meringués, dans cet empire du kitch flamboyant, les dites églises sont si laides. Parce que franchement, elles sont très très moches, d’une sobriété désespérante, même … Vraiment pas du genre à donner envie d’y passer son dimanche matin !

Éloge de la lenteur

​En quittant Bangkok, le train commence d’abord par se tortiller dans les faubourgs de la ville. Puis, grinçant et cahotant, il atteint péniblement sa vitesse de croisière, une bonne soixantaine de kilomètres par heure. Petit à petit, le béton se fait plus rare. Au-delà d’Ayutthaya, ce n’est plus qu’une vaste plaine un peu désolée, un glacis de rizières qui reflètent le ciel selon qu’elles sont à peine en eau ou accueillent déjà les pousses vert jade du riz. Les cultivateurs s’activent, labourent l’eau pour retourner la boue. Hérons et aigrettes se déhanchent autour d’eux pour profiter de la manne aquatique. 

Passé Lopburi, quelques petits massifs calcaires redonnent un peu de verticalité à cette platitude. Des arbres, aussi. Palmiers à sucre droits comme des i, flamboyants éclatants en gerbes vermillon. Manguiers sans doute… Bientôt des vraies collines dont quelques unes sont couronnées de temples, exhibant d’immenses statues de Bouddha scintillant sous le soleil. Les rizières s’amenuisent, elles laissent la place à la canne à sucre qui ondule paresseusement au passage du train. Plus nombreux, les arbres forment parfois de véritables bosquets, voire des lambeaux de jungle autour des rivières en crue, couleur de latérite, comme si la terre saignait. 

Beaucoup plus loin, quelque part entre Phitsanulok et Uttaradit, sous un ciel qui se plombe et grisaille, les montagnes enjolivent l’horizon. Tout verdoie, et la gamme de vert est si étendue que j’ai la sensation que mes yeux eux-mêmes sont saturés ! Parfois, quelques lotus dans un étang viennent ponctuer le tout d’un peu de rose ou de blanc. 

Et puis, alors que notre train attaque poussivement les premières pentes, tout ce vert civilisé se rebelle et explose. Forêt pluviale, jungle de bambous, lianes volubiles… Rien ne me surprendrait moins que d’apercevoir un éléphant nous regarder passer. Voire un tigre, furtif, tournant finalement le dos à notre autorail. Les tigres n’aiment pas beaucoup la nourriture en boite. 

Quelques heures plus tard, la nuit nous rattrape presque à l’endroit où l’aube, il y a deux ans, nous avait dévoilé la beauté sauvage des montagnes entre Lampang et Lamphu. Le train amorce sa descente vers Chiang Maï. 

Finalement, l’absence de place dans le train de nuit, pour cause de fête des mères, est une petite bénédiction. Cela nous permet de découvrir des paysages que je n’avais jamais vu, de monter vers Chiang Maï d’une manière plus progressive qu’en train couchette. Bien sûr, le voyage est long et les wagons coréens ne sont pas de première jeunesse. J’ai un peu le sentiment d’avoir chevauché toute la journée tellement mes fesses sont tannées ! C’est peut-être pour ça qu’on dit cheval de fer d’ailleurs… Par contre, il y a beaucoup d’Occidentaux comme nous, ce qui ne favorise pas forcément le rapprochement avec les quelques voyageurs Thaïs. C’est un peu dommage, mais on se rattrapera plus tard, dans le Triangle d’or…

Where is Poulpi ?