Lampang sanook

Lampang, à seulement 100 kilomètres de Chiang Maï, est exactement le genre de ville que personne ne visite. Ce qui est dommage. Sous les dehors d’une  petite bourgade de province – 60 000 habitants quand même – se cache une cité attachante qui n’est pas sans rappeler, toute proportion gardée, Luang Prabang. 

Certes, ce n’est pas le Mekong qui traverse la ville, mais la Wang. Certes, il n’y a pas autant de temples, mais ils sont beaux et variés : en bois, de style lanna ou birman, plus classiquement thai, en béton balnc et or, voire temple meringue comme dans les provinces du nord. Celui-là, je vous le donne en mille, ne renie d’ailleurs pas ses origines puisqu’il s’appelle Wat Chiang  Raï. Quand aux  temples birmans, si loin du Myanmar, leur présence est due aux Anglais. Soucieux de parfaitement tirer profit des forêts de teck, ils firent venir les meilleurs bûcherons du coin à leurs yeux : les Birmans. Que ceux-ci aient été les meilleurs ennemis des Thaïs ne devaient sans doute rien au hasard… Perfide Albion ! 

Contrairement à beaucoup de villes en Thaïlande, Lampang n’a pas été gagnée par la bétonisation galopante. Dans le vieux centre, ponctué des belles demeures des négociants chinois du début du siècle dernier, la plupart des maisons sont en teck. De plein pied, comme le long de Thanon Talad Gao, dans l’ancien quartier chinois, ou du plus pur style lanna, sur pilotis, comme à Wang Neua, littéralement  « au nord de la Wang », elles donnent  à la ville un charme inimitable. La plus belle étant sans conteste la Baan Sao Nak, la  « maison aux piliers nombreux » , élégante construction d’une richissime négociante, 200 m2 au bas mot de plancher de teck sans compter le rez-de-chaussée… 

Pendant que Jean-Pierre donnait son cours sur l’immense campus de Thammasat, j’ai largement eu le temps de me balader sans but précis, comme d’habitude, flânant d’un Soi à un autre, d’un temple désert au bord de la Wang à l’agitation fébrile des alentours du grand marché. Chemin faisant, j’ai croisé beaucoup de gens qui, sans doute un peu étonnés de me voir déambuler ainsi, me demandaient où j’allais ainsi. Barrière de la langue oblige, comment expliquer que je ne fais que me promener ?  « Paï sanook !  » Mots magiques, sourires et rires, sauf-conduit qui, parfois, ouvre des portes et en tout cas rapproche. 

La découverte a donc été particulièrement agréable, d’autant plus que nous étions conviés, dans tous les sens du terme, par notre ami Bhumindr, qui y enseigne et y passe une partie de la semaine. Grâce à lui, nous avons logé dans une guest-house de Wang Neua, réussite d’architecture contemporaine au milieu des vieilles maisons en bois. Jardin enivrant de senteurs. Chants d’oiseaux et écureuils se poursuivant dans les frondaisons. 

Mangé dans un restaurant sous les arbres que nous n’aurions jamais trouvé seuls et plus tard, dans une bâtisse suspendue au bord de la rivière ou sous une grande maison de teck au bord de la grande route… 

Et cette route aussi. Autoroute, plutôt, qui franchit les montagnes en pleine forêt, passe la  « Porte de l’enfer  », un col qui sépare les provinces de Lamphu et Lampang, dont la réputation de lieux hanté lui vaut d’être peuplé d’une myriade d’autels des Phi, ces esprits malicieux qu’il ne faut en aucun cas mécontenter… Forêt dont les richesses font la notoriété d’un marché de montagnes aux étranges étals.

Mais ça, je laisse Jean-Pierre vous en parler… 

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